L'Association des Audiophiles d'Alsace visite la manufacture Klinger Favre

 

La 3A a organisé au mois de juin de cette année deux visites (à une semaine d'intervalle) à la manufacture KLINGER FAVRE située à Saint-Dié dans les Vosges. Deux groupes de cinq à six audiophiles se sont rendus dans les ateliers et les auditoriums de cette manufacture bien connue des milieux professionnels, peut-être moins des audiophiles. Pour certains, dont votre serviteur, ce fut une première.

Pour mémoire, l'activité principale de KLINGER FAVRE est la conception, la réalisation, l'installation d'enceintes acoustiques, principalement à destination des professionnels (studios d'enregistrement, petites salles de spectacles, .). Souvent même, ces clients très exigeants lui demandent une prestation complète qui inclut la fourniture des amplificateurs ainsi que l'étude et la réalisation de la correction acoustique du local. Jean-Jacques Bacquet, également acousticien grâce à une solide formation de base, est donc en mesure de répondre à ce type de demande par une prestation complète, aussi bien en France qu'à l'Etranger. 

Nous sommes accueillis par M. Jean-Jacques Bacquet et  sa fille Marie-Anne le samedi vers 15 heures, et nous rendons directement dans le petit auditorium du rez-de-chaussée situé dans le bâtiment administratif. Cet auditorium, relativement encombré, permet toutefois d'écouter dans d'assez bonnes conditions les petites enceintes  D56 (voir ci-dessous) haut perchées, alimentées par une amplification Klinger-Favre et un serveur simplement  piloté par une tablette numérique: on remarque tout de suite la présence côté auditeur,  sur pratiquement toute la largeur de la salle, de diffuseurs quadratiques (ou Diffuseurs de Schröder).

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"Diffuseurs quadratiques: vue de face et vu de coté"


Leur intérêt est principalement de permettre la diffusion des ondes qui frappent cette zone très proche de la position d'écoute. Et c'est efficace: cela permet d'agrandir subjectivement l'espace sonore de la pièce et de casser les ondes stationnaires immanquablement présentes dans une salle aux murs parallèles.

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"Enceinte D56, avec les billes de découplage"

Les écoutes ont permis de mettre en évidence l'intérêt d'un bon découplage mécanique entre les enceintes et leur support. La solution développée par Klinger Favre est un découplage en trois points :  l'utilisation de  deux fois trois coupelles métalliques intégrées à la sous-face de enceinte et sur le dessus de la plaque support (pied) avec, insérée entre chaque paire de coupelles, une bille en acier inoxydable. Billes et coupelles sont fabriquées avec des tolérances et des matériaux divers, permettant d'obtenir des découplages d'efficacités (et de prix) étagés.
Les explications techniques, amenées progressivement, avec surtout  un souci pédagogique constant,  grâce aux analogies faites avec d'autres domaines techniques peut-être plus familiers pour certains, sont convaincantes, ainsi la démonstration sur l'impact d'un bon - puis d'un très bon - découplage de la caisse sur le rendu sonore. La propreté du message y gagne, la dynamique fine également, et le registre aigu devient  plus naturel. Solution intéressante d'autant plus qu'elle est  transposable à des enceintes électrodynamiques d'une autre provenance ...
La qualité de l'écoute est vraiment au rendez-vous : Youn Sun Nah (Same Girl) est là, la contrebasse de Avishai Cohen nerveuse et non envahissante: le tout présage de bonnes choses pour la suite des démonstrations.

La suite, justement, se passe dans le second bâtiment, qui abrite les ateliers de fabrication et le grand auditorium. La visite guidée de l'atelier de fabrication permet au visiteur de se rendre compte des vastes compétences acquises par le maître des lieux au cours des (presque) quatre décennies entièrement vouées passionnément à la reproduction de la musique. Elles concernent :
-       la conception des caisses et leur réalisation grâce à la maîtrise des machine-outils
-       la conception et la réalisation des filtres électroniques
-       la conception et la sous-traitance des transducteurs
-       l'optimisation des profil des pavillons

Sans oublier le traitement acoustique des locaux, si le besoin s‘en fait sentir.

Le point concernant les pavillons est particulierement important, car Klinger Favre s'est spécialisé, et cela est relativement rare sur le marché,  dans la conception de haut-parleurs à haut rendement à deux voies : un (ou deux) boomer(s) et une chambre de compression. Fabriquant lui-même ses pavillons, il choisit et optimise librement le matériau (bois, composite bois & résine), les dimensions et les courbures en fonction des caractéristiques des autres constituants: moteur, fréquences de coupure. La visite guidée de l'atelier se poursuit avec une surprise de taille (c'est le cas de le dire) : en cours de fabrication sur l’établi, un panneau de grave - grand modèle -  appelé INFRAPLANAR !

 

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"panneau INFRAPLANAR en fabrication"


Certains d'entre-nous se souviennent du Salon de Munich 2010 au cours duquel la société  française AUDIONEC présentait un système propriétaire complet, dont les enceintes ANSWER, composées d'un double module INFRAPLANAR 50, du haut parleur large bande JANUS (200-10000Hz) et d'un super-tweeter à ruban. La qualité de reproduction, en particulier celle du registre grave, avait retenu l'attention de bon nombre d'auditeurs, malgré ou en raison de présentations d' extraits musicaux particulièrement démonstratifs . 
En effet, KLINGER FAVRE fabrique et distribue actuellement ces exceptionnels panneaux isodynamiques dont la conception est due au français Christian Lacroix.
La collaboration avec AUDIONEC s'étant arrêtée, c'est maintenant KLINGER FAVRE qui fabrique les différentes versions de ce panneau très intéressant.

 

Visite musicale du Grand Auditorium :
Situé au milieu de l'atelier, mais bien isolé sur le plan phonique de ce denier, cette salle de dimensions très respectables permet d'accueillir une dizaine d'auditeurs, tous placés à distance suffisante des enceintes, et permet en outre de présenter plusieurs paires d'enceintes simultanément.

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"Grand Auditorium, vue d'ensemble"

Gamme KF: Coté droit, intérieur vers extérieur : Studio 15, 17, 20, 30.

 

Sa conception est due à Jean-Jacques Bacquet lui-même (on n'est jamais aussi bien servi...): le parti-pris retenu est de polariser l'auditorium par un traitement  LEDE (Live End, Dead End), à savoir : très amorti coté enceintes, essentiellement réfléchissant/diffusant coté position d'écoute :

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"Diffuseurs quadratiques Gd auditorium"
 

Ces diffuseurs, essentiellement en bois (coloris au choix),  sont réalisés par KLINGER FAVRE sur mesures, et selon les caractéristiques recherchées par l’audiophile (fréquence centrale, …). La qualité de fabrication va bien au-delà de ce que l’on a pu voir au dernier salon High-End de Munich !    A noter que l'auditorium sert également à réaliser des enregistrements de petites formation. Et puis, la présence d'un piano sert de référence à Jean-Jacques Bacquet. Le piano y est enregistré, et l'enregistrement obtenu est restitué par le système électroacoustique à des fins d'optimisation de celui-ci.

Je dois avouer que le traitement LEDE, fortement DE d'ailleurs, m'a quelque peu dérouté au début des écoutes (étant habitué à un environnement acoustique type LE, côté enceinte) par l'aspect assez mat de la restitution. Mais, assez vite, le cerveau s'adapte. Les écoutes ont débuté par des musiques proposées par notre hôte, sur l'amplificateur du catalogue et sur les enceintes Studio 17 :

 

"Studio-17-Klinger-Favre-2013

Ci-dessus:  Enceintes deux voies Studio 17", avec le même tweeter (conçu et fabriqué par KLINGER FAVRE) que celui des D56 écoutées dans le petit auditorium.

Une certaine déception que cette première écoute (me concernant), car le volume nettement différent de la salle et la distance d'écoute bien plus importante imposent une puissance à l'émission nettement plus importante: le tweeter semble un peu en souffrir.
Ensuite, la reproduction du registre grave du Bösendorfer (Sonates de Beethoven) laisse "peu entendre" cet instrument au caractère bien trempé et à l'assise exceptionnelle (aussi bien que l'enregistrement).

Le passage aux Studio 20 est bien plus convaincant: on est passé à une chambre de compression entourée de deux HP de grave de 20 cm (toujours d'origine Davis).
C'est autre chose : on entre dans la musique, d’ailleurs un peu plus encore après le remplacement de l'amplificateur par le prototype (de puissance double) présenté en deux boîtiers séparés.
Le Bösendorfer retrouve sa signature, la main gauche est alerte, avec peu de traînage, la puissance acoustique semble sans limite : en tout cas on a l'impression que, malgré le niveau sonore confortable, la marge est importante et une certaine sérénité demeure tout au long de l’écoute.

Les disques défilent: à commencer par les percussions du « Paris- Istanbul - Shangai » de Joël Grare (quelle prise de son !) qui sont très bien reproduites: belle et large palette de timbres. L'extension dans le grave est un peu limitée mais on trouve un équilibre satisfaisant entre les deux voies, une homogénéité surprenante et très peu d'effet de projection. Bien sûr, la distance d’écoute confortable y contribue.

Beethoven      Grare

"Les sonates de Beethoven"                                               "Paris - Istanbul - Shangaï"

 

SCHOLL   OrganBrass
"Andrea Scholl  -  Cantates de Bach"                                   "Music for Organ and Brass - From Elgar"

La comparaison avec les Studio 30 est très intéressante: boomers PHL 30 cm, même moteur dans la chambre de compression, mais un pavillon de plus grandes dimensions et une ouverture angulaire plus importante. L'assise est légèrement supérieure (à l’écoute des Bösendofer, Organ and Brass) mais le registre grave perd en nervosité et en articulation, présente un traînage facilement perceptible, surtout en comparaison l'écoute des  Studio 20! Dans les deux cas toutefois, l'ampleur de la reproduction est au rendez-vous. Sur les enregistrements qui l'on captée, la scène sonore tridimensionnelle - critère très important à mes oreilles - est assez convaincante, sans être exceptionnelle. En revanche, variété et véracité des timbres sont de haut niveau, la dynamique naturelle bien maîtrisée. D'un manière générale, on peut affirmer que ces deux modèles d'enceinte HR -2 Voies proposent une homogénéité d’un niveau rarement rencontrée, en particulier sur du HR justement! Bravo!

Malgré cela, notre hôte nous propose d'activer le super-tweeter (probablement de type Townshend Audio à ruban) que nous avions repéré voici un petit moment déjà. Et de philosopher de façon collégiale sur l'intérêt théorique de cet ajout à partir de sources (le CD) limitées en fréquence à 22KHz. Après quelques écoutes très attentives, je propose de repasser le disque Organ & Brass (enregistré dans la cathédrale Ely, probablement à l’aide d’une paire de microphones omnidirectionnels judicieusement placés).

Murata

"Supertweeter Townshend à ruban"


Là, de l’avis général, il se passe quelque chose ! La scène tridimensionnelle s'ouvre vraiment, le positionnement des sources sonores gagne indubitablement en précision, en stabilité. On montre d'un net cran sur le critère d’étagement des plans sonores, perçu avec bien moins d’effort cérébral. De plus, curieusement, on à l'impression que le registre grave / bas médium est plus net, que les instruments se détachent mieux les uns des autres (de l'air circule, dit-on, entre les instruments). Une aération et une précision à laquelle je suis très bien habitué ...
Avec et sans le super-tweeter, ce n'est pas la même chose, n’en déplaise aux sceptiques !
La surprise est totale (pour les visiteurs j'entends), et l'explication reste à trouver ou, du moins, à démontrer: le super-tweeter, efficace au-delà 10KHz, n'améliorerait-il pas  la réponse impulsionnelle de l'ensemble, laquelle est souvent loin d'être parfaite sur les systèmes multivoies à filtrage passif ?
A suivre. 

Puis, autant faire la totale et faire respecter la règle des 400.000: les panneaux INFRAPLANAR sont mis en service sur les gros modèles d'enceinte Studio 30 encore branchées : bon, l'extension dans l'infragrave est là quant il faut et de façon très propre, mais le grave est un peu envahissant, une certaine redondance se manifeste (Andréa Scholl – Cantates de Bach), même si la fréquence de coupure des panneaux se situant à une valeur très basse (40 ou 50Hz selon M. Bacquet) devrait éviter cela. Il est alors proposé à notre hôte de re-basculer sur le modèle Studio 20, qui pour moi, en stand alone, présentait déjà la meilleure restitution:

Studio 20 + Super-tweeter + Infraplanar

Après ajustement du niveau du supertweeter, les différentes plages sont réécoutées : Organ & Brass, Scholl - Cantates, les Sonates.   Le résultat est à mon avis le meilleur , et constitue une restitution bien convaincante dans cet auditorium : l’assise sans la redondance, qui nous fait réécouter une sonate dans son intégralité (près de 10mn) : jubilatoire.

Mais il est déjà bien tard, et nous sommes peu après invités à nous rafraîchir grâce à une très bonne bouteille de vin blanc ... d'Alsace (quelle délicatesse !). Il est plus de 20 heures lorsque nous quittons KLINGER FAVRE, bien plus tard que prévu, le temps a passé si vite. C'était passionnant !

Un grand merci à M. Jean-Jacques Bacquet et à sa fille Marie-Anne pour leur accueil très chaleureux, la qualité des présentations et des systèmes, et leur grande ouverture au dialogue et à l'échange. En ce qui me concerne, je n'ai qu'une seule envie : c’est d'y retourner très prochainement!

Adrien & Cie 

 

 
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